Société Générale a présenté sa feuille de route pour les cinq prochaines années, et le message est sans détour : la banque veut gagner en rentabilité tout en dépensant moins, avec l’intelligence artificielle comme l’un des outils centraux pour y arriver.
Le plan prévoit aussi une baisse du nombre de salariés, mais la direction se garde bien de parler de plan de licenciements. L’idée, c’est plutôt de laisser jouer les départs naturels sans les remplacer systématiquement : retraites, démissions, mobilités internes, autant d’occasions de ne pas rouvrir certains postes.
Côté chiffres, l’objectif est précis. Le groupe veut faire descendre ses coûts annuels sous les 16,3 milliards d’euros à l’horizon 2029, soit environ 2 % de moins que ce qui est déjà attendu pour 2026. Pour y parvenir, plusieurs leviers sont activés en même temps : rationaliser les achats et les dépenses informatiques, gagner en productivité grâce à l’IA, et réduire progressivement les effectifs par attrition.
L’intelligence artificielle sort ainsi du statut de gadget technologique réservé à quelques équipes pointues. Elle devient un élément à part entière du plan financier d’une des plus grandes banques françaises, inscrit noir sur blanc dans la stratégie de réduction des coûts.
Pour l’instant, Société Générale ne précise pas quelles tâches seront concrètement automatisées ou transformées par l’IA. Le discours économique, lui, reste limpide : les gains de productivité générés par ces technologies doivent venir s’ajouter aux économies attendues sur l’informatique et les achats.
Il faut cependant nuancer ce que cela signifie pour les salariés. Rien n’indique que l’IA va remplacer directement un nombre précis de postes. La banque combine en réalité deux logiques distinctes dans son programme d’économies : d’un côté les gains de productivité liés à la technologie, de l’autre la baisse des effectifs via les départs naturels. Aucun chiffre précis sur le nombre de postes concernés n’a été communiqué à ce stade.
Parler d’emplois « supprimés par l’IA » serait donc aller un peu vite. Ce qui est certain, en revanche, c’est que l’automatisation entre désormais clairement dans les calculs d’un grand groupe français lorsqu’il pense à ses besoins futurs en personnel et à sa structure de coûts.
La réduction des dépenses n’est qu’un volet du plan. Société Générale vise un rendement des fonds propres tangibles compris entre 13 % et 14 % en 2029, avant de viser 15 % dès 2030. La banque anticipe aussi une croissance moyenne de ses revenus d’environ 3 % par an, et compte faire passer son coefficient d’exploitation sous 55 % en 2029, contre un objectif actuel fixé à 60 %.
Cette nouvelle stratégie arrive après plusieurs années de restructuration menées sous la direction de Slawomir Krupa, aux commandes du groupe depuis 2023. L’ambition affichée consiste à faire tenir ensemble croissance des revenus, rigueur budgétaire et automatisation renforcée des opérations.
Au-delà du secteur bancaire, le signal dépasse largement Société Générale. L’intelligence artificielle s’installe désormais explicitement dans les plans de réduction de coûts des grands groupes français, avec des conséquences probables sur la façon dont les équipes seront dimensionnées dans les années à venir.